Les travaux conduits devront permettre de développer une perspective plus large. On envisage d’une part, à travers les collaborations au sein du présent axe de recherche d’explorer le champ de la relation entre défaut d’insertion professionnelle et santé. D’autre part, les aspects environnementaux seront abordés en droit, mais aussi dans le cadre des collaborations de site avec les équipes (épidémiologistes, ergonomes, médecins) qui, sur Bordeaux, s’intéressent à la question de l’utilisation des pesticides dans l’agriculture, sous l’angle à la fois de la santé au travail et de la santé publique.

Ainsi, à travers des réflexions sur l’indemnisation de certaines pathologies développées en lien avec le travail (cancers), c’est la question de l’accès aux soins dans le cadre de l’organisation territoriale du service public de santé qui pourra être envisagée. Et, enfin, dans l’optique de collaborations plus larges, une réflexion pourra être lancée sur les retombées de la santé du travailleur sur le développement de ses enfants.

Après sa transposition en droit interne en 1991, la France a connu un nouveau tournant en 2002 en introduisant dans le Code du travail la notion de « santé physique et mentale ».
En fait comme en droit, la santé physique n’est plus prépondérante, le travail, ses conditions et son organisation ont évolué, la personne du travailleur dans son ensemble doit être protégée.
Le droit de la santé au travail amorce alors un virage empruntant la voie du passage de la réparation à la prévention. L’accent est porté sur la prévention qui devance la survenance des risques pour la santé au travail comme solution avant d’envisager la réparation qui intervient seulement une fois le dommage réalisé.

À ce titre des travaux en droit du travail et en droit de la sécurité sociale seront mobilisés suivant une approche comparée à la recherche de réponses juridiques, mais aussi comme mise en perspective du système national. Il convient ainsi, d’une part d’identifier des réponses à travers les expériences étrangères et, d’autre part, de mieux cerner le système national, ses ressources et ses limites. De même, les collaborations internationales seront à développer ainsi que le dialogue entre disciplines. Le rapport du droit à d’autres champs disciplinaires est ici conçu comme un moyen d’éclairer la recherche juridique afin d’apporter une réponse en droit adaptée aux problématiques envisagées dans ce projet. Un financement européen de la recherche serait un cadre d’accueil capable de satisfaire ce type d’approche et de projet.

Étudier comment le droit est capable (ou non) d’appréhender les liens entre organisations du travail et santé amène nécessairement à s’interroger sur les risques psychosociaux (RPS). De nombreux questionnements subsistent encore, comme de nouveaux sujets émergent dans ce champ et demeurent encore délaissés par la recherche juridique : fonction publique (d’État, territoriale, hospitalière, universitaire), enjeux sectoriels, technologies de l’information et de la communication (TIC) et stress au travail, conciliation vie personnelle / vie professionnelle. Il convient d’y ajouter les addictions, les RPS dans les petites entreprises, les RPS et restructurations (ainsi que l’incertitude dans l’avenir professionnel), l’étude détaillée de la jurisprudence dans le champ des RPS. Il s’agit enfin d’intégrer plus explicitement la question du harcèlement moral au travail dans le champ de l’organisation du travail (par ex. organisation dans ce sens du congrès de l’International Association on Workplace Bullying and Harassment [IAWBH] à Bordeaux).

Il est aussi question de poursuivre les travaux de l’Observatoire régional des risques psychosociaux au travail en Aquitaine (ORRPSA), à travers des réponses collectives et pluridisciplinaires à des appels à projets tout en observant les articulations qui se font jour entre risques psychosociaux et normes « santé, qualité de vie au travail (SQVT) ». Cet objectif amène à poursuivre l’ambition de fédérer la recherche en Aquitaine sur la santé au travail, mais aussi celle de continuer les collaborations avec les acteurs et les pouvoirs publics.

À travers les actions menées par l’ORRPSA, une priorité sera donnée au transfert de connaissances en direction des acteurs professionnels (entreprises, administrations, organismes de prévention). L’Observatoire a pour vocation de développer et d’animer durablement le réseau de la prévention des RPS en Aquitaine, afin que ses travaux contribuent effectivement au déploiement des politiques de santé au travail sur le territoire. Les résultats de ces travaux se détacheront petit à petit d’une envergure régionale pour atteindre une dimension nationale.