Au-delà, l’étude du fonctionnement des dispositifs juridiques et sociaux susceptibles de développer les ressources mobilisables permettra notamment d’envisager comment le cadre normatif peut être adapté à l’ampleur des formes de mobilités aujourd’hui accessibles à chacun. On peut ainsi se demander dans quelle mesure la législation de contrôle physique des frontières est compatible avec la disparition virtuelle et parfois réelle des frontières matérielles ? De même à l’échelle nationale, on voit poindre des distorsions entre deux échelles difficiles à concilier : d’un côté des espaces de protection territorialement définis et de l’autre des parcours individuels qui se caractérisent par une forte mobilité. Ce questionnement donnera lieu à des échanges avec l’axe traitant des espaces de la citoyenneté sociale, sur la territorialisation des actions de protection sociale.

Les trajectoires personnelles sont constituées de multiples étapes résultant d’événements ponctuels comme de processus ancrés dans la durée. Ces étapes participent à la construction de l’autonomie des personnes en interagissant les unes avec les autres dans une perspective à la fois singulière et fortement conditionnée par les ressources dont disposent les personnes et les contextes socio-historiques qu’elles traversent. Ces ressources résultent de facteurs personnels, sociaux et juridiques. Les normes et dispositifs de protection influencent les trajectoires personnelles par les opportunités qu’ils offrent, ou à l’inverse par les obstacles qu’ils créent, en réponse aux aspirations singulières.

Cette thématique se structure ainsi autour de plusieurs questions. Comment les différentes dimensions du parcours de vie interagissent les unes avec les autres ? Peut-on identifier les facteurs favorisant l’accroissement et la diversification des ressources ? Dans quelle mesure peut-on mesurer l’influence du système normatif sur la capacité des personnes à mobiliser des ressources favorisant leur autonomie ? Ces questions se posent avec une particulière acuité dans le contexte contemporain. Le développement considérable des modes de transport et la révolution créée par Internet en matière d’échange d’informations élargissent de manière inédite le champ des possibles que ce soit en termes de migration, de parcours professionnels ou même d’accès aux biens de consommation.

L’autonomie est ainsi une valeur centrale de notre société. Mais on ne saurait ignorer que ce modèle fragilise ceux qui n’ont précisément pas les ressources suffisantes pour accéder à cette autonomie. Le droit se voit alors confier la double tâche non seulement de favoriser l’accès de tous à cette autonomie, et, au-delà, de suppléer les manques de celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’assumer la liberté de choix qui leur est offerte. Dans ce contexte, le risque est donc de voir se creuser un fossé entre les objectifs que se donne le droit positif et les résultats qu’il parvient à atteindre ou plus fondamentalement entre les aspirations des individus et l’étendue de leurs ressources. C’est l’étude de ces dernières qui seront au centre de cet axe. Le travail visera donc à identifier les ressources mobilisables et le mode de fonctionnement des dispositifs juridiques et sociaux susceptibles d’en favoriser le développement. Ce questionnement reposera notamment sur les travaux menés auprès de deux catégories de personnes : celles dont le désir migratoire a été instrumentalisé dans le cadre de réseaux de traite des êtres humains et les bénéficiaires du micro-crédit personnel. Les ressources mobilisables dans ces trajectoires de construction de l’autonomie des personnes relèvent de plusieurs champs : la sphère familiale (via les soutiens et les solidarités privées matérielles ou immatérielles) ; l’éducation, la formation et leur reconnaissance sociale par les qualifications ; la sphère économique (revenus, propriété, créances,…).

Ce questionnement reposera sur les travaux en cours portant sur deux catégories de personnes : celles dont le désir migratoire a été instrumentalisé dans le cadre de réseaux de traite des êtres humains et celles ayant recours au crédit (les surendettés comme les bénéficiaires du micro-crédit personnel). L’équipe accordera ainsi une attention particulière à la façon dont les instruments (formels et informels) de crédit permettent de suppléer au manque de ressources tout en examinant le rôle des dettes, économiques voire symboliques, sur les trajectoires de vie. Les recherches déjà entreprises par l’équipe dans le domaine de l’insuffisance des ressources économiques sont nombreuses, tant sous l’angle de la pauvreté (notamment avec l’animation scientifique de l’Observatoire Girondin de la Précarité-Pauvreté) que sous l’angle des minima sociaux. Elles seront élargies dans une optique comparative avec l’analyse des conditions de vie des jeunes adultes et de leur insertion professionnelle au Nord et au Sud et les recherches de droit comparé en matière de minima sociaux. S’intéresser au défaut de ressources, c’est aussi en interroger les conséquences en termes de vulnérabilités sanitaires (mortalités précoces, morbidités), et de risques d’exclusion et de discrimination. Ces perspectives de recherche ouvrent des espaces de collaborations inter-thématiques entre l’ensemble des chercheurs de l’axe, mais aussi avec d’autres équipes du site bordelais, notamment sur la santé des jeunes, la dépendance des personnes âgées ou le vécu des inégalités.